Le Livre de la jungle

Résumé de l'histoire

Shere Kahn, le tigre mangeur d’homme est en chasse. Il traque un bébé, un "petit d’homme" qui lui a échappé. Attirée par les petits cris qui sortent d’un buisson, Raksha la mère louve, découvre le nourrisson. Elle décide de le prendre sous sa protection et le baptise Mowgli la Grenouille.

Accepté par le clan des loups, il grandit sous la protection de Bagheera, la panthère noire, et de Baloo, l’ours précepteur qui lui apprend toutes les lois de la jungle et le langage de chaque espèce animale (excepté celui des singes…). Les années passent. Pour affirmer sa force sur le clan des loups Mowgli va voler le feu des hommes. Puis il est enlevé par les singes et libéré par Kaa le serpent. Pour échapper à Shere Kahn, qui le poursuit toujours, il se réfugie au milieu des hommes et apprend leurs lois.

Avec l'aide de ses frères loups, il réussit à tuer le tigre mangeur d'homme. Pour cela, il est jugé par les gens du village comme un sorcier dangereux et chassé. De retour dans la jungle il devra faire un choix : être considéré comme une bête au milieu des hommes, ou bien être un homme parmi les loups et devenir le chef de la meute...

L'adaptation

Le livre de la jungle est constitué de deux tomes dans lesquels on trouve des histoires qui n'ont pas forcément Mowgli comme personnage principal. L'adaptation met donc naturellement ces histoires de côté pour se consacrer uniquement à celles où apparait le "petit d'homme". Nous avons deux histoires qui permettent d'avoir un début et une fin. Entre ces deux récits il y a un ensemble d'aventures qui n'ont pas forcément de suite chronologique, chacune pouvant être prise isolément des autres. L'adaptation ne s'attache donc pas à créer à tout prix une continuité dans le récit mais à mettre en valeur ces moments de vie à chaque fois singulier et à dégager leur parfum particulier. Nous restons donc au plus près de l'esprit de l'auteur en respectant le caractère de chaque personnage et en gardant la dimension littéraire des dialogues. Car bien qu'ayant écrit ces contes pour les enfants, Rudyard Kipling ne sacrifie pas son style pour l'adapter à l'âge de ses lecteurs. Il fait confiance à leur intelligence et c'est dans cet esprit qu'est menée l'adaptation.

Extrait vidéo
Pourquoi ce livre

Les thématiques qui traversent ce récit sont à la fois nombreuses, riches et d'une totale modernité. Dans "Le Livre de la jungle" il est question d'adoption, d'éducation, de tolérance, de solidarité, de l'acceptation ou du rejet de la différence, de l'amitié, des lois qui régissent une société, de choix… Ce qui me touche particulièrement, c’est le chemin initiatique suivi par Mowgli de ses premiers pas dans la jungle, à cet âge où l’on devient adulte : à cet âge où l'on fait des choix. Il y a une dimension universelle et bien contemporaine dans cette enfance tiraillée entre deux sociétés qui tour à tour l'acceptent et le rejettent. Ce qui conforte également mon choix c'est l'écriture de Kipling. Elle est habitée par une très grande force, tant dans les idées développées que dans la puissance des évocations poétiques. La construction de l'histoire de Mowgli en différents épisodes non linéaires met en valeur ce parcours singulier. J'aime cette idée de flashs, de "tranches de vie" ; la vie est faite d'éléments fondateurs qui nous construisent.

Pour finir, en confrontant notre société humaine, prétenduement supérieure, à celle des animaux de la jungle, Kipling nous invite à nous poser des questions philosophiques sur "humanité et animalité", "nature et culture".

Les aventures de Mowgli nous ramène donc à cette interrogation qui anime la Compagnie Métaphore depuis déjà plusieurs spectacles : Qu’est-ce qui fait de nous des hommes ? Qu’est-ce qui constitue notre humanité ?

Scénographie et mise en scène

La mise en scène s'est construite autour du travail de trois comédiens/marionnettiste qui s'effectuera au milieu d'un dispositif s'étalant sur trois plans. L'idée est de faire de la scène un espace très dépouillé qui ne bride pas l'imaginaire du public.

- Le premier plan d'avant scène est vide, c'est l'espace du travail corporel et chorégraphique. La typologie des marionnettes, dans cet espace symbolique, est réduit à sa plus simple expression : une tête à l'effigie d'un personnage (Baloo l'ours, Bagheera la panthère noire ou Kaa le serpent python) dont le corps est incarné par celui du comédien en combinaison noir. C'est l'imagination du spectateur qui créé le corps du personnage à partir de celui du manipulateur. C'est principalement dans cet espace que les comédiens ont "travaillé leur animalité" et développé tout un travail chorégraphique et gestuel sur la thématique des animaux.

- Le second plan est un praticable de 60 cm de haut placé au milieu de la scène et sur lequel sont manipulées à vue des marionnettes sur table de type bunraku. C'est l'espace des personnages humains, le premier d'entre eux étant Mowgli, qui se trouve ainsi au centre de tout le dispositif.

- Le troisième plan en fond de scène est une toile peinte sur laquelle se projette un théâtre d'ombres. Il sert tour à tour à faire apparaître les "décors" de l'histoire, à faire des focus, des gros plans de certains personnages, à jouer avec les perspectives, à réduire ou agrandir l'espace… Deux paravents mobiles sur lesquels sont également projetées des ombres complètent l'ensemble du dispositif. Ces ombres représentent l'espace de la pensée, du fantasme, c'est le point de vue de Mowgli, sa subjectivité. Elles apportent une dimension fantastique, onirique et intime car elles sont les héritières du "cinéma primitif" que jouait les hommes dans les cavernes. Ainsi nous relions le passé au présent.

L'esthétique des marionnettes, masques ou ombres s'inspire des illustrations de Louis Henri Deluerloz qui ont servies à illustrer les premières éditions du livre. Nous avons travaillé tout particulièrement les matiérages des marionnettes et des masques pour leur donner un aspect très organique et rugueux. L'ensemble du décor est constitué de toiles peintes, à la limite de l'abstraction. Elles ont une double fonction : éclairées de face elles sont une image de la jungle, éclairées en contrejour elles constituent un matiérage pour les ombres.

Tout en restant fidèle au style de Kipling nous avons mis dans cette adaptation le moins de texte possible pour nous appuyer sur un travail visuel, une sorte de poésie en mouvement qu'accompagne une musique d'inspiration indienne. C'est pour cela qu'il est demandé aux comédiens/marionnettistes une implication physique totale : chaque personnage, chaque situation, chaque intention, chaque mouvement a été chorégraphié.


D'après Le livre de la jungle de Rudyard Kipling | Mise en scène : Philippe Calmon | Avec la complicité de : Eveline Houssin | Adaptation : Joséphine Sourdel et Philippe Calmon | Décor et marionnettes : Philippe Calmon | Toiles peintes : Pierre Cadet | Animations : Virgile Paultre et Camille Viel | Musique : Philippe Calmon, Maxime Calmon (Violoncelle) et Maxime Giraud (flûte) | Avec Sévane Sybesma, Alexandre Schreiber et Philippe Calmon

Le Livre de la jungle est soutenu par la Compagnie Daru Thémpô, Pôle de la Marionnette en Essonne, l'ADAMI, le CREA à Alfortville, le Silo à Méréville, la Communauté d'Agglomération de l'Étampois Sud-Essonne avec le Théâtre d'Étampes et la ville de Méréville, la ville de Montreuil avec le Théâtre des Roches, la ville de Romilly-sur-Seine avec la Salle François Mitterrand, le Festival Les Francos avec la Médiathèque des Mureaux et le Centre des Arts et Loisirs de Buchelay, le Théâtre Astral et Le Moustier à Thorigny.

Ce spectacle peut être autonome et se jouer dans une salle non équipée.